Tellement chaleureux ! Les Européens sont unanimes, invariablement subjugués par le sourire et l’accueil de leurs déroutants cousins. De quoi donner envie d’aller voir un peu sous l’étiquette. Regard d’un Français installé à Montréal depuis 10 ans.
L’image des Québécois dans le monde rayonne en grande partie grâce à leur personnalité. Ouverture et chaleur sont les mots qui reviennent le plus souvent lorsqu’on découvre les gens de la povince. En les fréquentant un peu plus, on commence à comprendre que la convivialité est ici une « norme ». Les Québécois verseraient-ils dans le politiquement correct ? C’est certainement un des traits communs de leur caractère, mais la prudence s’impose : si d’aucuns pensent encore que le Québec est une petite France virginale égarée en Amérique, ils auront bien du mal à intégrer les subtilités d’une société d’apparence simple – et non simpliste – qui comporte son lot de codes complexes. Nous sommes ici en Amérique du Nord et plus précisément au Québec. Un continent, une histoire, une culture, un peuple. Croire qu’il suffit de parler la même langue pour se comprendre et s’apprivoiser, c’est prendre le risque de rater la première marche du grand escalier de l’intégration.
Le droit du plus humble
La personnalité des Québécois a quelque chose de fascinant. Il faut du temps pour tenter de la comprendre, plus de temps encore pour se l’approprier, pour autant que cela soit possible. Certains resteront d’ailleurs, durant tout le processus d’intégration, dans la posture du spectateur ébahi. C’est toujours mieux que de vouloir à tout prix être un acteur qui donne les répliques au mauvais moment dans un film dont il n’a rien compris à l’intrigue. Tout ne peut pas se rattraper au montage !
Une chose est sûre, notre Québécois n’a pas la prétention du « moi, je sais tout, je fais tout, je comprends tout, je vais tout t’expliquer ». Il est d’emblée curieux, ouvert. Sa confrontation permanente avec des cultures différentes y est sans doute pour quelque chose. Il regarde, écoute, teste, goûte. Les préjugés ont mauvaise presse. Il faut faire ses preuve – c’est particulièrement vrai dans le monde du travail où rien n’est jamais aquis –, mais on juge toujours en connaissance de cause, avec cette faculté incroyable de s’accorder le droit à l’erreur sans passer son temps à se lamenter sur la genèse de ses ratés. On se brûle un doigt ? On se soignera, seul. Sans se plaindre. Pas grave, il en reste neuf autres !
Un peuple jeune
Comme d’autres, sa population vieillit, mais la société québécoise est jeune au sens premier du mot : cinq siècles d’histoire depuis l’arrivée des premiers colons ! Et une entrée dans la « modernité » somme toute récente. Voilà qui met peut-être en lumière une certaine candeur, une effervescence partagée qui s’incarne dans la soif d’apprendre des Québécois, et pas forcément dans les livres. On est fiers de ce que l’on est, attachés à ses racines et à l’affirmation de soi, mais on ne passe pas son temps à théoriser. On agit. On consomme. L’art de vivre, ou plutôt le « vouloir vivre » québécois se dessine ainsi au quotidien et n’est jamais évident à définir du fait des influences culturelles multiples – américaines, nordiques et européennes – qui façonnent cette société. Mais quelque chose se prépare, c’est dans l’air.
Cette ouverture d’esprit et cette apparente décontraction se retrouvent à tous les niveaux de la société québécoise, allant de paire avec un certain goût de la concertation et du consensus : dans les rapport sociaux, entre les générations, à travers la place des femmes dans cette ancienne société matriarcale, dans la vie politique, dans les rapports aux autres cultures et aux minorités – les Québécois n’oublient jamais qu’ils en sont une en Amérique du Nord –, dans l’humour québécois ou encore dans la pratique de la langue (vivante, inventive, « fleurie » diront les autres francophones). Sur ces derniers points, n’oublions pas que longtemps le Québec fut soumis aux pesanteurs conjointes de la religion et de la domination anglophone. Quelque part, 40 ans après, les Québécois célèbrent toujours la jeunesse retrouvée de leur Révolution tranquille. « [Au lieu d’être dans les monuments], notre histoire est dans les arbres ; c’est plus poétique ! », nous disait Garou quand nous l’avions rencontré.
L’accueil, c’est tout un art !
Rien d’étonnant, en somme, au fait que les visiteurs repartent invariablement enchantés. Ils sont choyés ! Un accueil aussi professionnel que chaleureux : il n’y a rien de compliqué, pas de protocoles alambiqués. Le tutoiement s’installe rapidement, au point que cela fasse débat (lire l’encadré). On dresse la table. On débouche une bonne bière. Les sourires deviennent des rires même si on ne rie pas toujours en même temps pour les mêmes choses. On profite de l’instant présent : « je relaxe », une expression qui revient souvent sur les lèvres. Demain est un autre jour. Les portes s’ouvrent facilement, c’est vrai. Elle se referment très vite aussi. Au Québec, les amitiés ne s’imposent pas. Elles vont et viennent, au gré du temps et des humeurs. Le carburant essentiel des rapports humains – amicaux, amoureux, familiaux – est sans conteste la spontanéité.
Tout en aimant se rassembler, les Québécois n’ont pas l’esprit frondeur ni revanchard. Ne les cherchez pas dans la mêlée ! Non pas qu’ils soient trouillards. Mais les combats de coqs ne sont pas leur tasse de thé, le thé n’étant pas non plus – n’en déplaise à Sa Majesté – leur boisson favorite. La bière serait plus indiquée pour une troisième mi-temps. Mais le caractère gaulois de la troisième mi-temps ne justifie pas à leurs yeux de s’invectiver pour défendre un point de vue sur des questions existentielles auxquelles on ne trouvera jamais de réponse tranchée ! Après tout, nous sommes au pays du hockey, pas du rugby. Il faut que ça glisse !
La personnalité des Québécois est ainsi faite d’évidences et de complexités. La curiosité n’est pas un vilain défaut. La simplicité un artifice tout naturel. L’ouverture une nécessité. Pour mieux penser aux autres, on pense d’abord à soi. Rien de très spectaculaire quand on y réfléchit bien. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire québécois ?
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire